. . . And so I went to Dar. For an Asia-Africa conference. It wasn’t just any conference, but something quite different altogether. I would like to say that it wasn’t a field of presentations that only spoke and ignored one another, like the tower of Babel. In reality, everything came from all the senses, but nothing was disharmonic, solitary, or monologic. Even if it’s true that international Africa-Asia relations are currently facing a wall, there is another story of Asia and Africa which seemed, at Dar, to indicate the desire for connection and knowledge, to and for another world.

Abdourahmane Seck writes a beautiful note on his impressions of Dar es Salaam and the Asia-Africa: A New Axis of Knowledge Conference that took place in September this year. 

 

Dar es salaam . . .

en attendant de revenir

Ce voyage n’a pas été comme les autres. Tous les autres, dont l’enthousiasme de départ fait rapidement place aux auto-remontrances : « … trop de voyages, ceci n’est pas une vie…» ! Des auto-remontrances, en attendant, bien entendu, la prochaine fois, et encore, et encore.

Pour moi de l’Atlantique et des contrées du Sahel, Dar c’était comme le temps qui attendait de l’autre côté de ma soif d’Afrique. Un temps avec des parfums lointains qui me faisaient rêver de Zanzibar, de Mombassa, d’Océan indien…

Et j’attendais donc. Quelque chose se ferait, parce qu’elle attendait, voilà ce que seul je savais ! En attendant, à coups de fragments de textes, de pièces de musiques, de bouts d’étoffes, de posters au hasard des étables des marchés de Dakar, j’attendais donc. Puis, un matin, l’Asie me vint, et, avec elle, cet Est attendu du continent ! L’Asie ! Sacré détour et pourtant qui n’a rien de troublant.

Je suis donc allé à Dar. Ce fut pour une conférence Asie/Afrique. Ce ne fut pas une énième conférence, mais étrangement quelque chose d’autre. J’ai envie de dire ce ne fut pas un champ d’exposés qui ne se parlent pas ou s’ignorent, comme dans la belle Tour de Babel. En réalité, tout vint de tous les sens, mais rien ne fut dysharmonique, solitaire, monologique. Si oui, l’Afrique-Asie des Relations internationales va droit au mur, une autre histoire d’Asie/Afrique semblait, à Dar, indiquer un désir de connexion et de savoirs vers et pour un autre monde. Si tout était horriblement indifférent et seulement situé au sommet dans l’un, dans l’autre un vent différent, plus chaud, plus incarné, soufflait. Un peu trop romantique, un peu trop manichéen, tout cela ? Ce serait une sévère erreur de le croire. Tout est profon- dément politique dans ce sentiment, cette sensation. En effet, Si tout peut radicalement venir de contrées aussi loin, si tout, ici, peut être porté par des histoires aussi parta- gées que spécifiques et si, tout là-encore, peut être exprimée dans des langages aussi variées qu’audibles les unes les autres, c’est que quelque chose d’important est en train de naître et constitue un temps qui n’a rien de tout à fait naïf. C’est le temps de l’apprentissage sur les chances de la rencontre, de ses problèmes, de ses impasses possibles et de sa portée salvatrice pour un monde qui a impérativement besoin d’être un peu plus amical (Derrida, Mbembe). Mais laissons là, la Conférence, pour plus tard, pour ailleurs. Et parlons des à-côté… de ces angles morts que l’on vit et que l’on oublie parfois et pourtant si précieux.

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Visiter le voisin

D’abord la paperasserie avant départ. Les collègues de l’Université de Dar ont été incroyables et tout nous fut facilité à souhait. Mais, voilà, elle est quand-même là, la paperasserie sanitaire, administrative et même policière. Elle est là, et il faut bien l’affronter, se mettre à jour et au clair avec l’Etat-nation qui accueille. Sacrées frontières contemporaines du continent ! Et puis l’avion… De Dakar à Dar, quel long périple ! Et surtout, ouah, les prix des vols ! Quelque chose ne va pas bien ici… Aller chez le voi- sin ne peut pas être si déraisonnablement cher ! Qui parlait de voisinage en Afrique ?

Mais voilà rien ne put arracher notre joie d’y être finalement, la joie d’être au rendez-vous, non pas seulement de ce qui attendait là depuis tellement longtemps… mais de ceux et celles qui étaient en route et que moi j’attendais aussi à Dar.

Aéroport international Julius N. je n’ai jamais eu confiance aux gardes-frontières, qu’ils soient d’ailleurs ou de mon Etat-nation ! Ceux-là, en face de moi, je les observe. Ils se montrent polis et fermes. On voit à qui appartient le pouvoir. Un des gardes souhaite procéder à une vérification complémentaire de mon document de visa. Je ne souhaite pas perdre de temps. Je lui fais comprendre, dans mon air le plus innocent, que je suis dans la même conférence que le groupe qu’il venait de faire passer sans contrôle supplémentaire. Je n’en voulais pas à son pouvoir. Il prit un peu son temps, mais renonça finalement à sa première intention. Me voilà donc, un peu avancé sur le territoire de mon voisin : je passe à la ligne devant le guichet. Heureusement, j’avais un peu de cash en devises étrangères, quelques dollars du pays de l’homme blond qui joue avec son plus gros bouton à lui. Un instant plus tard, on m’appela par mon prénom et nom et on me remit mon passeport avec le visa d’entrée dans le pays. Je pouvais, légalement, y séjourner 90 jours ! Afrique !

Dar, me voilà !

D’abord Kojo, majestueux comme toujours! On aime l’appeler, entre nous, le Chef Ashanti ! Puis Yoko, et, ensuite, Aarti. Et, petit à petit, le cercle qui se fait. Apparemment, Françoise est aussi arrivée et Philippe est déjà là depuis plusieurs jours. Une partie de la famille HaB.

Visite au marché. Le marché, une de nos places favorites ! De Shang Maï à Accra, en passant par Dakar, Saint-Louis et… Dar. Aarti prend son temps, elle discute avec les vendeuses et choisit soigneusement ses souvenirs de Dar. Kojo et moi, avons déjà fini de faire le tour du marché, et, tranquilles, nous nous sommes posés sous un arbre, à deviser sur le sort du continent. Tranquille, ce n’est pas toujours le cas avec Kojo. Mon homologue anglophone aime trop taquiner son homologue francophone. Connaissez-vous l’histoire ? C’est une affaire de décolonialité qui serait mieux achevée dans la Commonwealth et toujours très problématique en Francophonie ! Alors, habituellement, Kojo et moi on se lance des piques, mais cette fois, je me devais de faire profil bas La bonne nouvelle de l’année était venue d’Accra, portée par une vidéo virale. En revoyant Aarti nous rejoindre sous l’arbre, dans un sourire radieux, je me suis dit dans ce rien et tout, à la fois, d’ins- tant … qu’elle est belle notre Afrique-là !

Puis, retour à l’hôtel, la Conférence commence demain, mais il faut être prêt, anticiper sur les inscriptions, s’assurer d’avoir une connexion internet, car on ne sait jamais ou alors justement on ne sait que trop ! L’autre face de cet Afrique-là.

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Avec Paul et une partie du groupe, on part à l’Université. Impressionnant espace. On y sent le poids de l’âge, on y sent une Nation qui embrasse sa souveraineté et qui ne souhaite pas lésiner avec les moyens de son rêve de connaissances d’elle-même et du monde, on y sent les aléas de l’histoire dans les peintures décrépies, on y voit des armées de travailleurs tondant le gazon, j’y vois aussi pas mal d’hommes et de femmes en tenue de policiers. Tout cela fait réfléchir. Tout ceci est l’histoire du continent.

Oups ! Petit problème à l’inscription. Mon nom est sur la liste, mais je n’ai pas de badge à mon nom ! De guerre lasse, après trois cartons fouillées et refouillées,

j’eu l’honneur insigne d’avoir un badge écrit à la main. Le couac avait légèrement ennuyé Martina, mais moi j’étais content de mon badge à la main et j’étais déjà dans le tournis des premières salutations : « Hi, I’m… Where you From… What are you doing? ». Le Lendemain on me chercha pour me remettre un «vrai» badge sorti de l’imprimante et je remis l’autre. Cela m’ennuya légèrement.

Invisibles

La ville. Marcher et surtout marcher. Se laisser prendre par les ambiances, surfer sur elles, les sonder, entendre leur écho, payer attention aux grincements, à ce qui devrait marcher et qui ne marche pas ou alors qui marche différemment. Les trottoirs, les gens qui passent, les sonorités, les manières de s’habiller, les voitures des particuliers, les transports publics. Voir grouiller Dar, tout en lenteur, comme dans le temps Saint-louisien, tout en lenteur. Se lever un peu tôt et voir la ville se lever. Attendre la fin de la journée et scruter les sons de la nuit. Saluer les petites assemblées d’invisibles aux coins de petites gargotes, ou d’ateliers improvisés de mécanique. Ceux-là, n’ont pas choisi. Ils ne sont juste pas vus.

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Et puis, rentrer dans un supermarché et voir comme tout se ressemble froidement comme dans tous les supermarchés. Ceux- là ont choisi de rentrer en invisibilité.

Invisibles, il y a, aussi, ceux et celles de l’hôtel. Rentrer en contact, casser ce qui sépare et donc se poser là, à côté, et saluer, s’en- quérir du nom, partager le sien. Faire des salamalecs et puis poser quelques questions sur la ville, la musique, parler un peu de là d’où l’on vient.

Une des hôtesses me propose gentiment de partager sa playlist par bluetooth avec moi, mais le Bus est déjà-là. Il faut partir et, surtout, à la fin de la journée tout sera déjà fini, car cette nuit l’avion nous attend. Conflit de temps ou conflit de sorts communs ? Je ne la reverrai pas.

Une dernière danse en guise d’au-revoir.

Dîner d’au-revoir en face de l’océan indien. Musique, danse et boisson. Sur le podium, des jeunes de l’université de Dar. Ils sont juste impressionnants. Sacrée Afrique ! Nous sommes tous pris dedans. Dans l’ambiance il y a un désir d’y croire : une communauté est en train de naître. Nous sommes une centaine aujourd’hui et demain nous serons mille.

 

Abdourahmane Seck

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